mardi 24 novembre 2015

Je suis...


Et si c'était écrit ? Tout bon scénariste n'a pu s'interdire de songer à l'impensable. C'est pourquoi, sans jugement aucun et avec la plus grande compassion à l'égard des victimes, j'ai voulu me prendre au jeu d'analyser cet improbable récit, comme s'il était écrit. Pardon à ceux que je pourrais naturellement offenser. Je souhaite juste, comme tant d 'autres de mes contemporains, et dans ces moments douloureux, prendre un peu de recul.

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Je suis...

Scénaristes

Non communiqués

Commentaire

Un élu en perte de confiance et au fond du gouffre n'a pas trouvé d'autre solution que d'engendrer la terreur pour maintenir son siège et l'influence de son réseau.

1) Points forts
Un timing controlé. Citons notamment cette succession interminable d'alertes dispersées d'un pays à l'autre : des migrants menaçants, le crash d'avions de tourisme et militaires, des attentats publics dans les grandes capitales du monde, et une menace permanente.
Un enjeu puissant : faire oublier les vrais problèmes politiques à la veille d'échéances électorales perdues d'avance et d'une conférence mondiale sur le sauvetage écologique de la planète intenable, et qui précèdent également un crash boursier mondial imminent et sans précédent, et enfin détourner l'attention du public d'une politique étrangère néo-colonialiste calamiteuse. La solution envisagée : imposer de s'unir envers et contre de méchants kamikazes découverts par hasard au moment le plus opportun. Utiliser alors l'état d'urgence pour corréler efficacement des actions et maintenir un ordre mondial adossé à la vente d'armes et de barils de pétrole. Mais l'arbre cache-t-il assez bien la forêt ?

2) Points faibles
Dans un mauvais récit, les scénaristes maintiennent l'attention avec un chrono, une bombe et deux singes qui courent. Mais quand la ficèle est trop grosse, on obtient l'effet contraire. Le spectateur aguerri de ce genre répété et téléphoné finit généralement par zapper ou quitter la salle. On ne regarde plus. On passe à autre chose... de plus essentiel. Les auteurs de ce scénario en auront donc pour leurs frais.

3) Le même scénario, réécrit
Il faudrait plus d'empathie auprès des personnages opposants pour que l'on adhère de manière plus organique à l'objectif pourtant salavateur et juste du héros. Ce dernier, alors inquiété avec des arguments incontestables, gagnerait la confiance du public qui le verrait comme mis au pied du mur par ces mercenaires d'un nouveau genre. Nous serions alors happés par la réussite du héros à sauver son modèle. Par exemple, nous aurions pu voir des témoignages de méchants, inspirés par des idées conspirationistes structurées qui nous aideraient à connaître la motivation les conduisant réellement au crime, sur un plateau télé, face aux dirigeants et à des heures de grande écoute. Le duel final de choc, le "climax", joué en prime time, pourtant noeud dramaturgique indissociable d'une oeuvre digne de ce nom, n'a hélas pas lieu !
Où est alors la démocratie pourtant revendiquée par ledit héros ?
Au lieu de ça, le spectateur subit à nouveau un récit littéralement manichéen, qui s'essouffle rapidement faute de dialogues organiques. On perçoit trop nettement le véritable objectif de la production de tenter de nous faire continuer à consommer (du pop-corn), nous, le public, ébahi par l'horreur.
Un récit reconduit pour une suite dont on se serait bien passée. A oublier très vite et en regrettant les dommages cependant occasionnés durant le tournage aux victimes collatérales. Un scénario néoréaliste pétrifiant d'injustice tant les enjeux finaux n'en valaient certainement pas la chandelle.