lundi 4 janvier 2016

Vice-versa


Titre

Vice-Versa

Scénaristes

Pete Docter, Meg LeFauve, Josh Cooley, Chris Sasaki, Pete Docter

Commentaire

Un récit original imbriquant deux niveaux de fiction mais qui pêche par un manque cruel de liant entre les univers.

1) Points forts
L'idée de mettre en scène les neurones du cerveau humain, sous la forme de petits personnages aux caractères antagonistes, pour influer sur le comportement subjectif et lunatique de tout-un chacun est une belle trouvaille. On attend les scénaristes au tournant !
2) Points faibles
L'histoire traite d'une fillette qui subit un déménagement. Mais cela n'apporte en soi pas d'enjeu assez important pour suffire à retenir l'attention du spectateur. Les scénaristes compensent alors en étayant le sous-récit, incarné par ces petits personnages qui agissent dans notre cerveau (en l'occurrence, dans le cerveau de l'héroïne). Mais c'est peine perdu. Les aventures de ces personnages au demeurant secondaires prennent le devant. On ne sait plus qui est l'héroïne. Et quand bien même ce sont eux qui désormais assurent la partie organique du récit, les épreuves arrivent, deus ex machina, comme des cheveux sur la soupe, tant l'univers cérébral se révèle un concours d'improvisations n'ayant pas de relation directe avec le monde réel. On n'y traite que des souvenirs ! Et pendant ce temps, la véritable héroïne dort ou s'inquiète, rien de plus impliquant !
3) Le même scénario, réécrit
Il faudrait renforcer l'enjeu et l'objectif de la fillette. En quoi son déménagement peut menacer sa propre existence ? Idem pour ses parents qui la soutiennent. Pourquoi ont-ils choisi de quitter le nord des Etat-Unis pour le sud ? Que les menacent-ils ? Qu'ont-ils tous à gagner ?
Ensuite, remplacer les épreuves impromptues des personnages du cerveau par des actions directement liées à ce que font les vrais personnages. Et enfin, renforcer davantage le conflits entre les caractères qui pilotent, tour à tour, la pensée de nos véritables héros.

mardi 24 novembre 2015

Je suis...


Et si c'était écrit ? Tout bon scénariste n'a pu s'interdire de songer à l'impensable. C'est pourquoi, sans jugement aucun et avec la plus grande compassion à l'égard des victimes, j'ai voulu me prendre au jeu d'analyser cet improbable récit, comme s'il était écrit. Pardon à ceux que je pourrais naturellement offenser. Je souhaite juste, comme tant d 'autres de mes contemporains, et dans ces moments douloureux, prendre un peu de recul.

Titre
Je suis...

Scénaristes

Non communiqués

Commentaire

Un élu en perte de confiance et au fond du gouffre n'a pas trouvé d'autre solution que d'engendrer la terreur pour maintenir son siège et l'influence de son réseau.

1) Points forts
Un timing controlé. Citons notamment cette succession interminable d'alertes dispersées d'un pays à l'autre : des migrants menaçants, le crash d'avions de tourisme et militaires, des attentats publics dans les grandes capitales du monde, et une menace permanente.
Un enjeu puissant : faire oublier les vrais problèmes politiques à la veille d'échéances électorales perdues d'avance et d'une conférence mondiale sur le sauvetage écologique de la planète intenable, et qui précèdent également un crash boursier mondial imminent et sans précédent, et enfin détourner l'attention du public d'une politique étrangère néo-colonialiste calamiteuse. La solution envisagée : imposer de s'unir envers et contre de méchants kamikazes découverts par hasard au moment le plus opportun. Utiliser alors l'état d'urgence pour corréler efficacement des actions et maintenir un ordre mondial adossé à la vente d'armes et de barils de pétrole. Mais l'arbre cache-t-il assez bien la forêt ?

2) Points faibles
Dans un mauvais récit, les scénaristes maintiennent l'attention avec un chrono, une bombe et deux singes qui courent. Mais quand la ficèle est trop grosse, on obtient l'effet contraire. Le spectateur aguerri de ce genre répété et téléphoné finit généralement par zapper ou quitter la salle. On ne regarde plus. On passe à autre chose... de plus essentiel. Les auteurs de ce scénario en auront donc pour leurs frais.

3) Le même scénario, réécrit
Il faudrait plus d'empathie auprès des personnages opposants pour que l'on adhère de manière plus organique à l'objectif pourtant salavateur et juste du héros. Ce dernier, alors inquiété avec des arguments incontestables, gagnerait la confiance du public qui le verrait comme mis au pied du mur par ces mercenaires d'un nouveau genre. Nous serions alors happés par la réussite du héros à sauver son modèle. Par exemple, nous aurions pu voir des témoignages de méchants, inspirés par des idées conspirationistes structurées qui nous aideraient à connaître la motivation les conduisant réellement au crime, sur un plateau télé, face aux dirigeants et à des heures de grande écoute. Le duel final de choc, le "climax", joué en prime time, pourtant noeud dramaturgique indissociable d'une oeuvre digne de ce nom, n'a hélas pas lieu !
Où est alors la démocratie pourtant revendiquée par ledit héros ?
Au lieu de ça, le spectateur subit à nouveau un récit littéralement manichéen, qui s'essouffle rapidement faute de dialogues organiques. On perçoit trop nettement le véritable objectif de la production de tenter de nous faire continuer à consommer (du pop-corn), nous, le public, ébahi par l'horreur.
Un récit reconduit pour une suite dont on se serait bien passée. A oublier très vite et en regrettant les dommages cependant occasionnés durant le tournage aux victimes collatérales. Un scénario néoréaliste pétrifiant d'injustice tant les enjeux finaux n'en valaient certainement pas la chandelle. 

mardi 10 mars 2015

Fury


Titre

Fury

Scénaristes

David Ayer

Commentaire

Film de propagande où la petite histoire peine à rejoindre la grande histoire.

1) Points forts
En plein conflit de seconde guerre mondiale, le récit mise sur l'enjeu de survivre à quatre, dans un seul tank immobilisé, envers et contre une horde de SS.
On apprécie aussi le cheminement progressif de l'apprentissage du héros Norman Ellison (Logan Lerman), d'abord faible introverti puis combattant féru, à force d'obstacles et d'injustices. On retiendra le rôle impitoyable mais équitable du chef Don Wardaddy (Brad Pitt), à la manière d'un Clint Eastwood, lorsqu'il oblige sa jeune recrue à tuer à bout portant mais le protège quand il s'agit de découvrir l'amour auprès d'une belle allemande qui se laisse séduire.

2) Points faibles
L'enjeu tacite de lutter contre l'horreur de l'empire nazi n'apparaît pas évident. La seule question qui semble ici posée est Pourquoi se battre autrement que pour ne pas se faire butter par ses pairs ? C'est un peu maigre. N'y avait-il pas assez de raisons pour lutter contre l'empire nazi pour que cela ne soit pas plus explicite ? Ou bien l'enjeu de combattre l'Allemagne était-il si évident pour les auteurs qu'ils crurent bon de ne pas avoir à le rappeler ? Dans un contexte géopolitique actuel où une guerre paraît inadaptée aux préoccupations des nouvelles générations, et où les frontières entre idéologies sont bouleversées, la liaison entre la petite histoire d'un ingénu devenu héros et la grande histoire de l'Amérique libératrice du monde, face à de nouveaux prophètes, s'essouffle un peu.

3) Le même scénario, réécrit
Dans ces temps troublés, il aurait été utile de rappeler l'enjeu du conflit, à moins que le véritable objectif de ce film ne soit au fond de révéler l'invraisemblable ineptie d'une guerre, fût-ce-t-elle contre le dictateur allemand. Mais, même de ce point de vue, l'intention manque de clarté. Pour corriger cela, il suffirait que chaque personnage soit impliqué de près où de loin dans les méfaits de cette guerre. C'est la même conclusion que je porte sur le film Monuments men, et qui donne à ces réalisations d'une autre époque un air de propagande vraiment désuets.

samedi 3 janvier 2015

Le capital


Titre

Le capital.

Scénaristes

Commentaire

Un pamphlet de Costa-Gavras sur la folie bancaire qui surprend par sa simplicité.

1) Points forts
La sobriété générale du ton confère une dimension dramatique intense à l'oeuvre. Le personnage principal, Marc Tourneuil (Gad Elmaleh), ne répond presque jamais aux sollicitations qui l'entourent et le parasitent, gagné par une folie intérieure.
L'intrigue fonctionne plutôt bien du fait des multiples tentations et enjeux qui trament le fil de l'histoire. Tourneuil est en effet tiraillé entre ses origines modestes et gauchisantes, ses ambitions de winner, les trahisons qui lui tombent dessus, les tentations de luxure. Et on ne sait pas jusqu'au dernier moment quel dénouement il choisit pour se réaliser. Les différentes solutions sont d'ailleurs clairement exposées par les proches du héros, dans les dernières minutes du film.
Quelques tentatives de mise en scène sur le fantasme du héros de pouvoir envoyer tout paître attirent également l'attention et apporte un soupçon d'originalité.

2) Points faibles
On reprochera la lourdeur des commentaires en off qui viennent appuyer inutilement le jeu des comédiens. On perd de fait la beauté aseptisée de l'univers mafieux des hautes sphères bancaires (ciel gris, décors nus, quartiers d'affaires, costumes et coiffures tirés à 4 épingles).
Bien que les enjeux restent nourris, l'intrigue principale, apparaît aussi un peu trop manichéenne. Les méchants banquiers sont tous unis contre les gentils prolétaires et inversement. Cela enlève de la surprise et laisse un arrière-goût de récit trop scolaire. On attendait plus de nuances de la part d'un tel auteur et metteur en scène.

3) Le même scénario, réécrit
Retirer les voix off et nuancer les caractères des personnages suffirait à relever l'oeuvre pour mieux apprécier sa simplicité et son message qui, si la forme apparaît en effet plus sobre, pulvériserait l'écran. On est hélas passé à côté d'un très grand film.

samedi 27 décembre 2014

La famille Bélier

Titre

La famille Bélier.

Scénaristes


Stanislas Carre de Malberg, Victoria Bedos, Eric Lartigau, Thomas Bidegain.

Commentaire

Les Choristes sont dans le pré, en plus téléphoné.

1) Points forts
Excellent point de départ que de placer le conflit entre une famille de sourds-muets et une fille qui révèle un don pour le chant. Conflits en perspective !
On apprécie également l'immersion dans les univers paysans, ados, sourds, enseignants, sans tabous. François Damien purge le cul d'une vache ou accompagne un vêlage et n'en demeure pas moins un excellent amant pour la femme qu'il aime. Eric Elmosnino joue un prof de chant réaliste et pragmatique qui n'hésite pas à ridiculiser les mauvais élèves, mais s'engage envers ceux qui en valent la peine.
Les seconds rôles sont tous bien nourris, et on sent l'inspiration d'un film comme les arnachoeurs pour lequel le couple Férier/Damien tenait la barque. Il est ici incarné par Viard/Damien. On aimerait même que l'histoire se recentre sur eux, tant leurs enjeux peuvent parfois dépasser ceux du personnage principal.
Les quiproquos et l'humour parviennent à tenir le récit malgré ses quelques faiblesses organiques.

2) Points faibles
La comédie musicale use et abuse de chansons françaises libres de droits d'interprétations (+ de 25 ans d'âge) et se concentre sur un seul et unique répertoire, celui de Michel Sardou. Cela renforce le côté téléphoné du récit, qui, mécaniquement, lasse le spectateur. Par ailleurs, les chansons ne font pas structurellement progresser le récit, à l'exception de la reprise finale. Et l'attente se fait double.
Si, à cela, vous ajoutez que les interprètes ne nous surprennent vocalement pas plus que ce que nous avons entendu maintes fois dans de nombreux radio-crochets télévisés, on peut être très déçu du résultat.

3) Le même scénario, réécrit
En diversifiant les chansons, et en sélectionnant des oeuvres qui nourrissent la progression dramatique sans répéter les dialogues, nous gagnerions en efficacité. L'enjeu de l'héroïne Paula (Louane Emera) pourrait également être renforcé en montrant en quoi réussir un concours de chant, alors qu'elle n'en a semble-t-il que faire, peut devenir décisif. Par exemple, le fait qu'elle rencontre l'amour semble trop acquis avant l'ultime représentation et aurait pu en être la seule conséquence. Le fait que Paula parvienne à s'affirmer et à émouvoir son public de professionnels aurait alors suffit à aider Gabriel à changer sa manière de la percevoir.
Mais, les histoires secondaires aussi auraient gagné à être plus intimement liées à celle de Paula. Si leur déroulement reste effectivement subordonné à la disponibilité de Paula, occupée à apprendre le chant tout au long du récit, le succès de chaque seconde intrigue (élection du père-maire, amours de son frère envers sa confidente), jetées en deus ex-machina dans le générique de fin, auraient gagné à devenir possibles uniquement sur le succès de Paula. Par exemple, elle aurait pu affirmer à haute voix devant un public ébahi que chacun doit assumer ce pourquoi il est destiné, et que c'est pour cela qu'elle a pu se réaliser elle, et qu'alors, les autres aussi seraient bien inspirés de la suivre, en se réalisant chacun à leur tour, et paraphraser son prof de chant (l'adjuvant) pour qui chacun est responsable de son destin.
Mais cette comédie reste cela dit un agréable moment si l'on accepte de la prendre avec légèreté et avec la nostalgie ambiante d'une France mélancolique, jusque dans les plus belles traditions déchues de nos contrées les plus profondes (un paysan heureux qui gagne simplement sa vie, un prof inspiré entouré d'élèves consensuels, des adolescences édulcorées aux revendications légères).

Exodus, gods and king

Titre

Exodus, gods and kings.

Scénaristes


Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine, Steven Zaillian.

Commentaire

Récit très peu fidèle à La Bible et dont la vocation se révèle plus un prétexte à la mise en scène de décors spectaculaires, voire à un dénigrement du récit originel, lui-même.

1) Points forts
Le détail et la profusion des éléments décoratifs en fait une oeuvre spectaculaire. La représentation des 10 plaies d'Egypte (mer de sang, invasions d'insectes, intempéries, maladies), accroche le spectateur. Le rapport d'échelle entre les sujets et l'immensité du paysage offre de somptueuses fresques.

2) Points faibles
On regrette hélas le manque de cohérence et de fidélité des auteurs à l'oeuvre originelle. D'abord, Moïse est ici interprété comme un général des armées, distant, déchu, et vengeur. Alors qu'il est en principe un berger proche des préoccupations de son peuple. Dieu est représenté par un enfant capricieux, destructeur et colérique, bien que La Bible évoque une simple voix sortie d'un buisson et suggérant des plaies aux égyptiens uniquement si Ramsès II persiste à ne pas entendre la raison.
On regrettera aussi le manque de discernement sur ce qui se révèle utile ou pas, dans un scénario. Ainsi, le film démarre avec une bataille assez longue dont on ne comprend ni les enjeux ni l'objectif, si ce n'est qu'une attaque de méchants égyptiens contre le peuple meurtri, ce qui se révèle un peu court et très manichéen, mais surtout, sans aucun fondement qui aiderait le spectateur à développer de l'empathie. Inversement, lorsqu'enfin Moïse libère son peuple et franchit la mer rouge, sauvé de l'oppression égyptienne, et qu'il regagne la montagne où il découvre les lois divines devant servir à cadrer son peuple un peu top émancipé, on nous prive de ces 11 commandements fondamentaux qui accomplissent normalement le récit. Tout ça pour si peu ? On ne parlera pas de séquences interminables parce que peu engageantes où Moïse se retrouve face à lui-même ou à son épouse et ne décide rien. Et on oubliera les erreurs d'adaptation où, par exemple, une épée prend la place d'un bâton de berger.

3) Le même scénario, réécrit
En voulant trop prendre de la distance avec l'oeuvre originale, Ridley Scott propose un récit qui perd de son efficacité, voire qui s'oppose au but initial et pédagogique du mythe. On gagnerait ici à recentrer l'objectif sur l'enjeu moral de l'oeuvre pour éviter de la percevoir comme un affront blasphématoire. Pour cela, il suffirait de remplacer les scènes inutiles de combats et d'esbroufe, par un peu plus de questionnements existentiels entre le peuple élu et Moïse. La 3D ne sert également pas vraiment le propos. On préfèrera l'original.

lundi 15 décembre 2014

Grace de Monaco

Commentaire

Grace de Monaco

Scénaristes

Arash Amel

Commentaire

Un biopic succinct et au dénouement un peu léger.

1) Points forts
L'idée de rassembler les élites du début des années 60 dans une oeuvre un peu mélancolique offre du glamour et répond à la vocation manifeste d'une principauté.
Le rappel des enjeux géopolitiques de l'époque aide également à contextualiser le récit, et à mesurer l'importance de la posture incarnée par la princesse Grace Kelly, ici Nicole Kidman. Par exemple, cela se révèle lorsque le prince Rainier III affirme avoir échoué et qu'il doit abandonner son pays à de Gaulle, qui réclame l'impôt en contre partie de la protection et de l'approvisionnement en ressources du pays monégasque. On comprend alors bien le dilemme pour Grace de devoir choisir entre sa carrière d'actrice et celle, plus diplomatique, d'une princesse.

2) Points faibles
Les deux grands défauts de ce scénario sont que : l'enjeu de la princesse n'apparaît pas insurmontable et que le dénouement, en outre, semble improbable.
D'abord, sur l'enjeu. L'objectif de la princesse est de se réaliser en tant qu'actrice. Que se passerait-il si elle n'y retournait pas ? Quel est l'enjeu lié à cet objectif ? Elle serait certainement très déçue, mais après ? On peine donc à admettre qu'une autre situation est possible que de ne pas y retourner. Pas d'élément captif, donc, pas d'enjeu. Le véritable enjeu est celui de son conjoint, le prince. C'est lui qui a beaucoup à perdre puisqu'il en va de son trône et de laisser ou non le pays entre les mains du général de Gaulle. Jusqu'au milieu du film, on a même l'impression qu'on s'est trompé de personnage principal. Celui qui vit le plus d'épreuves apparaît être le prince, et non l'actrice.
Ensuite, comment peut-on réellement croire qu'un discours mièvre lors d'un gala pour la Croix rouge ait pu résoudre tous les maux géopolitiques européens des années 60 ? Grace nous fait un discours assez simpliste au demeurant généreux sur l'idée qu'être bon, c'est bien, et que faire des guerres, c'est pas idéal. Soit. Et tout le monde s'en émeut au point que de Gaulle, présent et charrié par ses congénères, en aurait annulé l'invasion de Monaco tout comme Napoléon ou Louis XIV n'ont, eux non plus, pu s'opposer au sens d'une grande histoire monégasque jonchée de croupiers et de fortunes défiscalisées. On peine à croire que de tels dirigeants plutôt va-t-en-guerre puissent si aisément se laisser vaincre par l'émotion, surtout au service d'une cause factuellement assez douteuse. Le dénouement qui repose sur cet événement semble donc un peu léger. A croire que, soit le récit est incomplet, soit il a été édulcoré pour tenter de servir un propos qui n'a pas réellement existé, ou que le maintien du trône de Rainier III relèverait plus de manoeuvres obscures que de réelles implications sociales. Bref, on reste sur sa faim.

3) Le même scénario, réécrit
Sans enlever du glamour qui caractérise le côté un peu féérique de Monaco, ses paillettes, il aurait au moins fallu nourrir davantage l'enjeu de l'héroïne et son dénouement pour ne pas paraître creux. Par exemple, une petite tirade saignante de Hitchcock à Grace, comme on les aime, jouant sur le peu d'années qu'il lui resterait pour séduire le monde, pour lui faire changer d'avis, aurait été bienvenue. Nous aurions mieux ressenti la pression intérieure que Grace aurait eu à devoir renouer avec son public pour s'accomplir au travers du rôle de sa vie qu'elle n'aurait pas encore eue. Et puis, impliquer des intermédiaires géopoliticiens, avec des enjeux obscurs, auraient aidé à mieux admettre la causalité entre le discours final de Grace au monde, et l'issue géopolitique des diverses crises de l'époque. Même si elle-même n'avait pas d'implication directe, l'effet domino nous aurait aidé à apprécier son pouvoir et ce en quoi c'était bien là que se déroulait, probablement, le véritable rôle de sa vie.